LE CARTER INCONNU

René Marcel CARTER (1898 - 1981)

René Marcel CARTER (autoportrait)

CARTER est un nom connu. Nick CARTER fut le héros récurrent d’histoires de détective dès 1886.  Howard CARTER découvrit la tombe de TOUTÂNKHAMON en 1922. Jimmy CARTER devint le trente neuvième  président des États-Unis d’Amérique en 1977.  Tous ces CARTERS et d’autres comme les artistes Linda CARTER, John CARTER ou Julia CARTER ont recherché la célébrité.

Mais René-Marcel CARTER était différent. Né dans une famille modeste en 1898, il fit de la modestie une ligne de conduite. S’il avait été tué au cours de la première guerre mondiale à laquelle il participa, il se serait probablement arrangé pour être le soldat inconnu. Bien qu’il fut un illustrateur et un graveur de grand talent, non seulement, il n’a rien fait pour être reconnu mais parfois son comportement laissait penser qu'il cherchait à ne pas l’être.

La seule exposition importante de ses oeuvres qui eut lieu de son vivant fut organisée par un de ses amis en 1980. Malheureusement René Marcel CARTER décéda en 1981. Il a fallut attendre 32 ans après sa disparition pour qu'une opportunité se présente de le redécouvrir. Ne le laissons pas  retomber dans l'oubli un artiste majeur. Ce qui reste de son oeuvre ne devrait pas être dispersé.
Il est grand temps que le grand public puisse y accéder.  

Il serait aussi de bon goût qu'un musée souhaite acquérir gratuitement la collection présentée sur ce site.

Un artiste trop discret

Ses parents d’origine Anglaise modeste, lui avaient enseigné les vertus Victoriennes de modestie et de pudeur.  René-Marcel CARTER n'en fut pas pour autant un homme timide. Il aimait beaucoup donner libre cours à son humour (subtil) avec un un petit groupe d'amis Mais il n'appréciait pas d'être le centre d’intérêt d’un large public.

Contrairement à la plupart des autres artistes de son époque qui espéraient vivre de leur art, sa motivation n’était pas financière. Gravement blessé à la fin de la première guerre mondiale, il reçut une pension d’invalidité à l’âge de 20 ans. Après la guerre, il devint fonctionnaire à la Mairie de Suresnes et perçut un salaire honorable. Ces deux revenus lui permettaient de vivre décemment et d’élever une famille qui se limitait à sa femme et à un unique enfant. 

L’addition de ces deux raisons (principes de réserve et revenus financiers suffisants) explique peut-être son incroyable réticence à faire le nécessaire pour être connu. Démarcher pour exposer ses œuvres et tenter de les vendre lui parassait impudique.  En 1935, son meilleur ami Dominique MAUBERT essaya de le convaincre de  passer quelques soirées dans les cafés à Montparnasse. Il y avait là, à cette époque, un formidable foisonnement d’amateurs d’art et d’artistes : PICASSO, CHAGALL, DUCHAMP, LEGER, FOUJITA, VLAMINCK et bien d’autres. Mais René-Marcel CARTER refusa.

Dans ses mémoires René Marcel CARTER écrivit " Pour avoir quelque chance de réussir, un peintre moderne doit se singulariser. Pourquoi ne prétendrais-je pas, par exemple, être né au confluent du Brahmapoutre et de l'Irraouaddi ? Pourquoi n'affirmerais-je pas que je me nourris exclusivement d'œufs de casoar en provenance directe d'Australie ? Et qu'avant tout emploi, mes pointes à graver sont fichées, durant un trimestre, dans des excréments de léopard — ce dernier si possible venant du Zoulouland — recueillis en période d'équinoxe par un pasteur méthodiste ?
Et si j'ajoutais que je me lave deux fois par an, le 14 juillet, pour attirer à moi la gauche jacobine, et le 2 décembre, anniversaire de la bataille d'Austerlitz, pour me concilier les milieux bonapartistes, peut-être parviendrais-je à vendre à bon prix les toiles et les gravures encombrant mes armoire
s"

Mais bien sûr, il ne le fit pas.


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